Un moine zen était surnommé par les habitants du lieu « Maître nid d’oiseau », car il s’était installé au sommet d’un pin parasol.
Un célèbre poète décida de lui rendre visite.

Quand il arriva au pied de l’arbre, le moine pratiquait zazen, la « posture d’Eveil ». Les jambes repliées en lotus, le dos droit, les yeux à demi-fermés, le regard posé deux mètres environ devant lui, les mains dans le giron, paumes en haut, la main gauche sur la main droite, les pouces formant un dôme et se touchant légèrement.

La respiration égale, régulière, paisible, les lèvres jointes sans être serrées, la langue posée contre la voûte du palais, l’attention fixée sur le hara, ce point situé quatre centimètres environ au-dessous du nombril.

L’esprit, enfin, pénétré de silence. Le silence zen, qui n’est pas simple absence de bruit, mais qui permet d’appréhender l’essentiel, rend proches et familières la vie et la mort, mêle notre petite existence à la Vie universelle, ouvre en nous la porte secrète, et le chemin d’Absolu.

Le poète engagé dans le monde, plein d’espoirs, de désirs, de peurs, de bruit, de fièvre, de gloriole, interpella le maître zen.

« Faites attention, dit-il. Vous pourriez tomber de cet arbre. Votre posture est dangereuse ! »

Le silence seul lui répondit.

Il allait se retirer, un peu dépité, quand le saint moine prononça ces paroles :

« Mon ami, vous êtes un poète, vous vivez dans l’émotion, la passion, votre esprit est sans cesse en mouvement, je le sens anxieux, tourmenté. C’est vous qui êtes en grand danger ! »
 

(Extrait du livre « Contes Zen » de Henri Brunel - Librio)